Lettre-réponse de Brosso, auteur de l’affiche

Un groupe de Chalonnais, « soi-disant-indignés » mais manifestement pas très larges d’esprit, a lancé une pétition polémique visant à interdire l’image de l’affiche du vide-greniers de la Fête des vins de Chalonnes, invoquant pour ce faire « une image dégradante de la femme ».

Il est peu probable que ces Chalonnais « soi-disant-indignés » aient jamais lu une ligne de Stéphane Hessel, « citoyen du monde » qui s’est indigné contre le colonialisme, le pouvoir de l’argent, la corruption, les injustices de toutes sortes, et il est certain que ce militant des droits de l’Homme de la première heure se serait « indigné » de ce détournement de son appel de 2010 par des révisionnistes hygiéniques au petit pied !

Outre le fait qu’il existe des sites parasitaires encourageant les gens à lancer des pétitions comme s’il n’y avait rien de mieux à faire par les temps qui courent, il est surprenant de constater la mauvaise foi de ce vilain procès. Tout d’abord la personne à l’initiative de cette pétition croyant agir masquée, dénonce une image dont on ne voit qu’un morceau, sans la signature de l’auteur, et sans nommer celui-ci, sans doute par crainte d’une plainte de sa part.

Car, d’abord, et même si l’image est partielle, il n’en demeure pas moins qu’on ne peut utiliser cette image sans l’accord de l’auteur ou de ses ayants droit. Par ailleurs ces Chalonnais « soi-disant-indignés » semblent peu au fait des droits et des lois en vigueur, et l’on peut s’interroger sur la sincérité de certains qui affichaient hier, « je suis Charlie » (suivant la foule, pour un journal et des dessinateurs qui, peut-être, leur étaient inconnus) et qui aujourd’hui, révèlent leur vraie nature en étalant leur intolérance drapée dans l’ignorance crasse du droit qu’ils piétinent !

Cette pétition inique, qui prétend ne pas vouloir la polémique, tout en la provoquant, s’oppose à une affiche (soi-disant « grivoise, vulgaire, et d’un autre âge ! »). Alors que dire à ces attardés (tard comme Tartuffe !), sans culture ou sans mémoire, qui par là même, insultent Salvador Dali et ses « Femmes-tiroirs », Pablo Picasso et ses « Demoiselles d’Avignon » et d’ailleurs, Edgar Degas avec ses « Repasseuses » ou « L’absinthe », Gustave Courbet et son « Origine du monde », Albert Dubout et ses femmes burlesques, « Le viol » de René Magritte, Niki de Saint-Phalle et ses « Nanas », Nicola L. et sa « Femme-commode » à tiroirs, ou plus près de nous, Sylvia Karle-Marquet dont le talent incontesté a produit une longue galerie de portraits classiques et classés de femmes (et d’hommes, parité oblige) tous pourvus de tête d’animaux ! (Et cette liste est loin d’être exhaustive ! …)

Sans oublier Giuseppe Arcimboldo dont le célèbre portrait de « L’Amiral » figurant dans tous les dictionnaires a inspiré beaucoup d’artistes. C’est justement en suivant les principes de ce peintre italien du XVIème siècle qui réalisait des portraits de fantaisie uniquement composés de légumes, fleurs ou poissons, etc., que Brosso, l’auteur de l’affiche, a conçu celle-ci, ainsi que quelques autres d’ailleurs, sans pour autant s’en tenir à cette seule forme d’expression …

Un premier dessin publié à 10 ans dans « La Canebière Humour-Magazine » et près de 70 ans plus tard, pas une seule critique de son travail, les seuls procès étant motivés par le plagiat de malhonnêtes sanctionnés par la justice …

Dessinateur de presse, journaliste, éditeur, directeur de deux journaux, le réalisateur de l’affiche a derrière lui une longue pratique et n’a jamais voulu porter atteinte à qui que ce soit et ceux que son humour dérange n’ont aucun droit à le taxer de vulgarité et sont invités à se rincer la bouche en relisant Rabelais avant de parler.

carte 2018.jpgLe but d’une affiche est d’abord, d’attirer l’attention et, ensuite, d’en maintenir l’image dans l’esprit de celui qui l’a regardée. Pour cela son auteur doit faire la synthèse des rapports possibles entre l’objet proposé, l’attention du lecteur et le choix des moyens potentiels pour parvenir à faire passer le message désiré.

Dans le cas de cette affiche, l’objet proposé est fait de bric et de broc, et le choix de Brosso, qui est naturellement porté par l’humour et le plaisir de dessiner des dames, s’est concrétisé autour d’une silhouette féminine constituée par un amalgame d’objets (sans rapports entre eux !)

On ne peut accuser l’auteur d’avoir dessiné une femme belle ou moche puisqu’en fait il n’a fait que représenter des objets précis, et aurait très bien pu mettre un vieux moulin à café à manivelle en lieu et place du verre à pied à la coiffure fleurie où le seul élément féminin, le rouge à lèvres, lui a été fourni par son épouse …

A ceux qui s’inquiètent de l’image de la femme, on peut répondre « et le genre humain alors ? », car, que penser de l’image qu’il donne en regardant l’affiche du communiste, un couteau entre les dents, ou celle du « White and Black Power » se cannibalisant mutuellement ? (voir Larousse, « Un siècle d’affiches »)

La création, c’est d’abord la liberté d’expression !

La Fête des vins de Chalonnes n’a pas de compte à rendre à des pisse-vinaigre en mal de situation dans leurs jugements trop serrés aux fondements. Il est outrageant pour les organisateurs de la fête comme pour le dessinateur de l’affiche de se voir dicter leur conduite par des intégristes, méprisant les libertés fondamentales et nous ramenant aux heures noires de l’Inquisition persécutant Goya ou à cette sombre époque de l’Occupation où la Gestapo croulait sous les dénonciations des délateurs.

On ne savait pas qu’il y avait des « chalonnais soi-disant-indignés », maintenant tout le monde sait, qu’à parler net et sans accent, il existe des « chalonnais INDIGNES » ! …

Il est vrai que la répression des « ymagiers » ne date pas d’hier puisque selon l’historien Maurice Pianzola, spécialiste médiéval, le peintre Jörg Ratgeb, né en 1480, a été écartelé en 1526 sur la place du marché de Pforzheim pour avoir peint la bannière (représentant une chaussure délacée …) du mouvement Bundschuh, une série de révoltes paysannes (révolte des Rustauds) en Suisse (l’expression « artiste engagé » a parfois un sens …) Harry Bellet (p. 332, Collection Babel, n°1535).

Nous n’en sommes pas là, cependant ceux qui cherchent des poux dans le dessin de l’affiche feraient mieux de regarder la télé où ils auraient matière à discuter !

Sans oublier le préjudice financier que cela pourrait entraîner, par leur entreprise fallacieuse, ils concourent à jeter discrédit et opprobre sur les artisans d’une fête dont tous les intervenants aimeraient rencontrer plus de soutien et de compréhension pour cette manifestation emblématique pour leur ville et sa région viticole, et dont la soixantième édition pourrait-être, l’an prochain, l’occasion d’une fête exceptionnelle !

C’est pourquoi nous invitons tous ceux qui le voudront, ou le pourront, à nous soutenir, à nous rejoindre, et à nous suivre. Que cet appel soit entendu et cette pétition fallacieuse ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

Si cette attaque devait s’éteindre, nous ferons taire nos ressentiments légitimes. Par contre, si la polémique devait se poursuivre, nous serions dans l’obligation de nous défendre par les voies légales que nous offre la justice, car les signataires de cette pétition doivent bien comprendre qu’ils peuvent être poursuivis pour atteinte à la liberté d’expression, utilisation altérée d’une image sans accord de l’auteur, dénigrement et harcèlement abusifs et sans objet sur ymagier et responsables de la Fête des vins de Chalonnes sur Loire, …

Non seulement nous maintiendrons notre affiche pour le prochain vide-greniers de la fête, mais nous organisons dès maintenant une manifestation de soutien autour d’elle et de son auteur, en invitant toutes et tous à se manifester contre cette pétition. Nous proposons aussi à tous les artistes qui savent tenir un crayon à réaliser une œuvre originale qui pourrait être présentée lors de la 60ème Fête des vins en mai 2019 dans un cadre officiel à Chalonnes avant de rejoindre une exposition estivale où seraient rassemblées les œuvres des participants.

Les sujets sont libres, cependant le féminin de la fête prévaudra. Tous les moyens d’expression sont admis, huile, acrylique, aquarelle, encre, crayon, pastel, collage, mosaïque, sculpture, etc … Les auteurs doivent s’inscrire ou se manifester avant le 15 janvier,  un album rassemblant les meilleurs dessins étant envisagé au profit de la fête.

Une œuvre par auteur. Format souhaité : pas trop grand. Inscription gratuite, ouverte à toutes et à tous (dans la limite de la planète !). Possibilité sur le site internet de la fête (mais seuls les originaux pourront être exposés et publiés).

Brosso, Illustrateur